Acte 2 : L'ennui... "Je mens, je prends des trains..."

Chapitre 1: "C'est la même chanson..."

Jeudi 26 août :

 Deux jours presque sans pleurer et le vide qui s’installe.

J’ai rêvé de lui cette nuit.

Voilà bientôt un an que je n’ai pas écrit. Je me relis… J’ai l’impression que rien n’a changé…

« La nuit, je mens je prends des trains… »

Est-ce que c’est ça que tu voulais dire, Alain, quand tu chantais ces mots ? Est-ce que la nuit, tu t’inventais des histoires pour pallier une réalité sans saveur ?

Dans ce rêve, j’allais chez lui. Je crois que sans m’attendre, il savait que je viendrais. Il n’a même pas vraiment essayé de se justifier puisque d’une certaine façon je ne lui demande pas de comptes.

Je ne veux pas exiger le respect ou la tenue correcte à avoir en de telles circonstances. Je ne lui arracherai rien. 

S’il n’a rien à en dire, je ne peux que constater, de ma place, avec une certaine amertume, ce vide qu’il laisse en moi en faisant, aussi peu de cas de cette histoire, au moins en apparence. 

L’obliger à dire, c’est désastreux. J’ai déjà essayé par le passé. Il est mal à l’aise. Il a presque honte et moi je souffre de l’entendre poser des mots qui sonnent faux.

Quand je le sens acculé, j’ai envie de hurler pour faire sortir le fond de lui. Pour qu’il mette sa boyasse sur la table enfin ! Qu’il assume, qu’il parle avec ses tripes !

Virgil pourrait dire :

-       « Oui, je t’ai baisée sans scrupule en sachant parfaitement que je ne quitterais rien, ni personne. Tu es venu me chercher, tu savais. J’ai mis des mots doux qui ne comptent pas plus que ça. J’avais besoin de sexe, de m’échapper et tu étais là. Il n’y a rien à dire de plus. Je ne suis pas amoureux, je te l’ai déjà dit. J’aurais tout quitté sinon. 

-       Lâche l’affaire Caly. Laisse-moi partir. Je n’ai rien pour toi. Tu crois m’aimer mais tu ne me connais pas. Si tu me connaissais, tu ne m’aimerais pas. Ne reviens plus. »

​Ou, et ça sonnerait plus juste pour moi…

​-       « Oui, c’est compliqué. Je suis perdu dans les méandres complexes de ma vie, et de mon couple. J’ai cherché un ailleurs plus luxuriant, mais je ne peux pas risquer que ce ne soit qu’une illusion…

-       Tenir à toi, c’est pire que tout, ce serait la tromper pour de vrai, alors que si je m’arrête au sexe finalement, cela semble moins important. Je ne peux pas me permettre de t’aimer plus que ça. Alors quand ça se rapproche dangereusement d’autre chose qu’un échange charnel, je prends mes jambes à mon cou, au lieu de continuer de me pendre au tien. »

Mais au fond, je ne sais pas ce qu’il dirait, je suppute, et je me leurre… seule et sans réponse.

 Alors, dans ce rêve, que je vous livre sans détail, car ce n’est pas si intéressant, je crois, il revenait sur sa posture, me serrait dans ses bras. Je me reposais dans son lit pendant qu’il faisait du rangement.

J’avais accès à son ordinateur et je voyais qu’il avait gardé des photos de moi.

Des phrases poétiques tournaient en boucle sur son fond d’écran.

Je n’arrivais pas à les lire.

Je me roulais sous sa couverture en attendant qu’il ait fini de bouiner chez lui.

Je me disais juste c’est comme avant, il s’en va et revient. 

Est-ce que je rejoue la même partition ? Encore et encore, mais ce n’est plus le début… D’accord, d’accord…

Comment on s’accorde, Virgil ?

Comment on les accorde, nos partitions ?

Tu changes toujours les règles sans me prévenir.

Ce n’est pas démocratique. 

Il n’y a pas de démocratie en amour…

On vote sans l’autre. On l’oublie dans nos décisions.

Tu décides sans moi comme à chaque fois. 

Je n’ai pas voix au chapitre. En même temps, voter à deux c’est forcément inextricable.

« Peut-on faire des compromis sans se compromettre ? »

Est-ce que je me compromets en acceptant juste ton choix ?

En te laissant filer sans mot dire, sans maudire, je laisse la porte ouverte…

Je ne sais pas si c’est bon pour moi. Surement aujourd’hui je ne peux pas mieux faire puisque je ne suis pas prête à entendre ce qui pour moi ne fait pas sens.

Je me garde une part secrète. Je ne salis pas nos bons moments. Je ne les entache pas de drame. Je les préserve. 

Je prends le risque d’une autre rencontre hasardeuse, où tout aura été laissé en suspens, comme préservée de mots graves et pesants.

Dans ton silence, est-ce cela que tu m’offres ? La part du doute, de tes doutes ?

 Ne jamais refermer ce livre, lui laisser une suite potentielle, un énième volume…

Virgil et Caly, tome 3… 

Quelques mois, quelques années plus tard, que sont-ils devenus ?

Auront-ils une chance un jour d’expérimenter plus ? 

​Existe-il un endroit « où vont ces moments… », quand ils ne trouvent pas leur espace pour se transformer ? 

​Faire couple, au sens sociétal, n’est pas une fin en soi… mais ce « nous » que j’ai cru entrevoir… je ne sais quoi en faire. Il me reste sur les épaules comme un sac à dos que je porte seule, et dont je voudrais m’alléger. 

Et il n’y a qu’avec toi Virgil, que je peux partager ce baluchon de souvenirs…

Mettre des mots, c’est risquer le drame émotionnel. 

C’est jouer à pile ou face. 

C’est potentiellement refermer le livre alors que je sais, moi qu’il reste des chapitres à écrire.

Mais si je le sais, au fond de moi, pourquoi ai-je si peur de confronter nos croyances ?

Toutes les croyances sont justes.

Je te reconnais dans la tienne.

Reconnais-moi dans la mienne…

Mais nous… 

En sommes-nous capables ? 

M’entendrais-tu ? 

T’entendrais-je ?

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