Chapitre 12 : Une côte de boeuf pour la 12!

Jeudi 17 septembre :

Hier, j’ai passé une journée sans pleurer et sans boire, ce qui mérite d’être nommé.

​J’ai écrit, j’ai médité, j’ai écouté beaucoup de choses sur le tarot et l’astrologie et c’était très intéressant.

Cette nuit j’ai rêvé de Virgil. Il me faisait écouter une chanson. C’est son truc, les musiques à Virgil pour s’exprimer.

Quand il ne sait pas dire ou écrire, il envoie une chanson. En me réveillant, j’avais cette mélodie dans la tête mais impossible de me souvenir de qui elle était. Internet c’est magique !!

J’ai fredonné faux et en yahourt, car je ne suis pas si douée en anglais, et je suis tombée sur Richard marx « Right Here Waiting »… 

God, so good… J’ai pleuré…

Comment est-ce possible de tomber si juste ? Sans compter que Virgil n’enverrait jamais cette chanson. C’est beaucoup trop culculmercial pour lui, et moi-même je n’avais aucune raison de penser à cette chanson…

Allez … Vous irez bien voir les paroles… et ré écouter Richard pour le fun… Pauvre Richard, qu’est-il devenu ?

 

Samedi 19 septembre :

Deux jours sans écrire, j’étais de sortie, deux jours presque sans larme, et aujourd’hui petit retour de manivelle. 

Je craque, j’envoie mes pensées maîtrisées à Virgil, pleines de bons sentiments dégoulinants et de mièvreries, ou serait-ce de la poésie ?

Sacrées pensées, sucrées, salées,
je besogne à gérer.
Je tente un baiser,
planter sous ton nez.
Dans le contrôle,
je suis à contre rôle.
Je t’enlace.
Audace fugace.

Pourtant, c’est bien joli ce que j’écris ? Et ce que je ressens empreint d’une mélancolie attendrissante… Non ?

Mais Virgil est un dur à cuire ! Un scorpion, peu diplomate, quasiment toujours prêt à éteindre mes élans prometteurs.

Pourquoi je me fatigue avec lui ?

Le capricorne, chèvre des montagnes, peut, paraît-il, faire un long chemin fastidieux et douloureux pour aller chercher tout en haut de la montagne, la nourriture qu’il convoite.

La question, c’est bien évidemment de ne pas se tromper de sommet…

Sur quelle montagne est mon édelweiss ? 

Et puis si je n’aime pas l’édelweiss une fois arrivée là-haut, et que je préfère le pissenlit d’en bas !

Ce serait quand même un monde d’avoir fait tout ce chemin pour une fleur amère ! 

En même temps, moi, ce que je préfère, c’est la côte de bœuf !

 Si vous m’en posez une sous les yeux, et que vous me dites, de ne pas y toucher jusqu’à votre retour parce que quand vous reviendrez, vous en aurez une deuxième de côte de bœuf et la sauce au bleu pour mettre dessus… Ma parole, je peux attendre des lustres !

Mais… si au bout du compte vous ne reveniez jamais… Alors j’aurais laissé perdre la première ! Quel gâchis !

Cruel dilemme…

Je laisserais bien partir Virgil, mais au fond c’est toujours dans l’espoir qu’il revienne avec la sauce au bleu ! 

Tiens, c’est drôle, je ne sais même pas s’il aime ça !

Il serait temps que je parle de Charles…

Je suis un peu bloquée pour parler de ce « nous » là, parce que l'état relationnel me semble moins propice à l'humour, même noir.

C’est comme si ça ne venait plus. J’ai dû assez me répandre pour lui. Pourtant je tiens à lui. J’ai de la peine de ne pouvoir surmonter cette épreuve après tout ce que nous avons vécu.

Parfois je me dis que c’est une épreuve de plus et que le quitter serait une bêtise mais c’est le désir qui ne revient pas. Comment fait-on sans lui ?

Virgil et moi n’avons qu’à nous regarder, pire nous n’avons qu’à nous écrire pour que le désir flambe, déborde… Et avec mon compagnon, qui n’est pas mon mari (d’ailleurs personne n’est mon mari, vous noterez), les corps fonctionnent encore bien sûr, nous nous connaissons bien mais où est passée l’étincelle de nos débuts ? 

Nos émotions, nos rires, nos élans se sont noyés dans la masse des conflits avec nous même, que nous avons projeté l’un sur l’autre.

« J’ai encore perdu ton amour tu sais,
c’est pas croyable comme tout disparaît.
Je l’ai pourtant rangé comme il fallait,
tant pis pour moi j’étais un peu distrait »
chantait William Sheller.

Où ai-je mis mon amour pour Charles ? 

Il dit de lui qu’il est un Charles Ingalls en colère… ça lui va bien. 

Il n’est pas content de couper du bois, mais il le fait quand même en pestant.

Charles est toujours content et il va toujours bien. Mais il n’est jamais content et il ne va jamais bien. Il est comme beaucoup d’humains, double, duel, paradoxal…

 Charles dit qu’il va bien, mais il n’est jamais sobre. Son corps porte les stigmates de ses angoisses contenues. 

Je le sens dévoré, démangé…

Et moi, ça me dérange les démangeaisons de Charles. 

Pourtant, je le sais que les corps marquent les conflits internes non résolus. Le mien ne fait pas exception.

Oh bien sûr, j’ai voulu jouer la sauveuse, mais c’était une erreur, les déboires de Charles ne sont pas les miens et j’aurais dû fuir les moments d’extrême mal-être. Je ne fais que les empirer en les entourant de mon angélique bienveillance démoniaque. 

J’aurais mieux fait de m’occuper de mon cul qui criait :

« Miroir mon beau miroir, dit moi que je suis belle, bonne, bandante, parce que moi je ne le vois pas en fait. 

Je ne le vois pas, sinon je n’aurais pas besoin que quelqu’un me rassure tout le temps, et encore moins de convaincre quelqu’un qui ne veut pas de moi ».

 

 

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